Un drame à Baffy en 1906

Extrait d'un journal de l'époque ("Journal de Roanne" du dimanche 8 juillet 1906) relatant l'incendie survenue dans la nuit du lundi é au mardi 3 juillet au cours duquel les parents du Docteur Albert Boël sont morts carbonisés dans leur maison.

Restes de la maison Boël aujourd'hui.

Deux vieillards brûlés vifs
Un événement tragique est venu jeté la consternation dans le paisible et gracieux pays de Saint-Germain-Laval.
La nuit de lundi à mardi, un terrible incendie s'est déclaré dans la maison occupée, au village de Baffy, par M. et Mme Boël. Les deux vieillards, surpris pendant leur sommeil, ont été brûlés vifs.
C'est vers une heure du matin que le fléau s'est déclaré avec une soudaineté et une intensité terrifiantes.
Réveillée par les crépitements de la flamme, la bonne des époux Boël, Mme Georges Jeanne, 65 ans, qui couchait dans une mansarde, au deuxième, sauta à bas du lit et courut à la fenêtre. Des lueurs sinistres environnaient la maison ; des flammes sortaient de partout, léchant les murailles. Sans prendre le temps de s'habiller, la vieille domestique se précipita dans les escaliers, vers la chambre de ses maîtres.

.D'une voix étranglée par l'épouvante, elle appela Mme Boël. Celle-ci se réveille, voit la clarté de l'incendie et crie : - Et mon mari ?
Elle se lève et court réveiller M. Boël. Trop tard, hélas, car ni l'un ni l'autre ne devait sortir vivant de la fournaise qui les entoure.
Déjà la domestique affolée a donné l'alarme aux voisins. Un des premiers, M. Poyet, vigneron, qui habite tout près de là, arrive au lieu du sinistre avec sa famille.
Que sont devenus les époux Boël ? C'est la question angoissante qui se pose. La domestique ne sait pas s'ils ont pu s'échapper. On frappe aux fenêtres, à la porte. Pas de réponse. D'ailleurs toute tentative de sauvetage est désormais impossible. La flamme environne la maison, fermant toutes les issues. Le tocsin sonne. Tout le bourg de Saint-Germain se porte à Baffy.
Le docteur Boël, réveillé par la sonnerie lugubre, vient d'apprendre que c'est la maison de ses parents qui brûle. On juge de son émotion et de sa hâte à courir sur le théâtre de l'incendie. Là, son angoisse redouble en apprenant que la plus grande incertitude règne sur le sort des habitants. Quelques-uns prétendent encore qu'ils ont réussi à s'échapper ; mais, comme ils sont introuvables, l'horrible vérité ne tarde pas à se faire jour. M. Boël fait lui-même le tour de la maison, appelle, crie, et essaie de s'approcher des ouvertures. Mais impossible, déjà le toit s'effondre, les planchers croulent. Tout espoir est perdu de retrouver les vieillards encore vivants.
Cependant il faut songer à protéger les maisons voisines. La proximité de l'Aix rend la lutte contre le feu relativement facile. En effet, au bout de deux heures, on s'était rendu maître du feu. La maison Boël n'était plus qu'un amas de décombres fumants, mais les maisons voisines étaient hors de danger.
Dès le jour venu, on se mit à déblayer activement les décombres. Vers 8 heures, on découvrait un cadavre affreusement carbonisé à la place occupée par le lit de M. Boël. On en conclut que c'était le corps de M. Boël, car ce cadavre était si terriblement informe que le docteur Boël lui-même ne pouvait y reconnaître son père. Plus tard, dans la soirée, on découvrait à la place de l'escalier d'autres ossements : des tibias, une colonne vertébrale, un crâne. C'était tout ce qui restait de Mme Boël. Mme Boël aurait pu, sans doute, se sauver en même temps que la domestique. Mais, voulant attendre son mari, elle est morte avec lui.
Après une longue et très honorable carrière de professeur au lycée de Lyon, M. Boël, en 1896, alors âgé de 80 ans, voulut revenir en son pays natal, et, avec sa femme, terminer une existence bien remplie dans la maison où il était né, et près de leur fils, le docteur Albert Boël, conseiller d'arrondissement. Leur fille, religieuse ursuline à Lyon, est aujourd'hui en Italie, exilée par la loi sur les associations. M. et Mme Boël vivaient leurs dernières années dans le calme et la tranquillité, voyant avec plaisir leur fils, entouré de l'affectueuse estime de tous ses compatriotes, occuper dans son pays une belle situation. Cette paix devait finir dans un épouvantable malheur.
Le grand malheur a vivement ému les habitants de Saint-Germain-Laval, qui avaient les victimes en profonde estime. Dans ces tristes circonstances, tous ont rivalisé d'ardeur et de dévouement, prouvant ainsi toute leur sympathie à M. le docteur Boël et à sa famille si douloureusement éprouvés.

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