Un fils de paysans pauvres
Dans la société rurale du XIXe siècle, la propriété de la terre fonde les hiérarchies sociales. Celui qui ne possède pas la terre ou n'a pas l'argent nécessaire pour la prendre en location, est alors obligé "d'aller chez les autres". Il est valet de ferme ou journalier. Cette catégorie sociopro-fessionnelle des domestiques et journaliers représente un pourcentage très important de la population active agricole : 55% pour l'ensemble de la France. Dans le département de la Loire, ils représentent, en 1862, entre 56 et 63 % de la population agricole active.
Les parents de Benoît Malon, Joseph Malon et Benoîte Baleydier, eux-mêmes enfants de paysans pauvres, avaient été placés « chez les autres », tous deux à l'âge de onze ans. Joseph Malon, bon travailleur, était en 1833-1834
« premier valet » chez M. Sijean, aux Massards, « un gros domaine à douze paires de bœufs qui s'étendait à la fois sur les communes de Sury et de Précieux » (aujourd'hui la maison est reconvertie en "auberge rurale"). Benoîte Baleydier y était « grand'servante ». Le petit Benoît entendit souvent de sa mère le récit de la rencontre de ses parents qui décidèrent bientôt de se marier. Ils en avertirent le Maître qui fut mécontent car il craignait le départ éventuel des deux domestiques, dont il avait besoin :
"Nous demandâmes à M. Sijean de nous laisser marier, il refusa avec force injures ; nous partîmes en mai [1834] sans pouvoir arracher un sou de ce qui nous était dû".
Le récit de cette injustice entra dans la mémoire familiale et il est caractéristique que Benoît Malon raconte cet épisode dans ses Souvenirs. Une fois mariés, Joseph Malon et Benoîte Baleydier s'installèrent au Marais, près du bourg de Précieux. Ils eurent quelques années de "vie relativement heureuse" et la jeune femme « ayant été elle aussi [obligée] d'aller en condition chez les autres » à l'âge de onze ans était « toute à la joie d'avoir un chez-soi ».
Quatre fils naquirent entre 1837 et 1843 : Pierre (1837-1839, mort à deux ans), Jean dit Joseph (1838) - qui devint instituteur -,


Benoît (1841) et Jean, dit Jean-Marie (1843-1849, mort à six ans). Joseph, le père, était « actif et courageux » et « gagnait 250 F par an » en travaillant comme valet à la ferme de la Croix d'Or, puis comme journalier « à la semaine » à celle de la Cotille ; sa femme tenait son ménage, s'occupait de ses enfants et avait quelques animaux : une truie et aussi « une chèvre » et « deux à trois moutons » que l'on menait paître le long des chemins.
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