L'Internationale, la Commune et l'exil


Affiche
convoquant
aux élections
de la Commune
de Paris
du dimanche
26 mars 1871
parmi
les signataires :
Benoît Malon
Benoît Malon a été, avec son ami, l'ouvrier relieur Eugène Varlin, l'un des dirigeants de l'A.I.T., l'Association Internationale des Travailleurs, la 1ère Internationale, créée en 1864, lorsque des ouvriers de tous les pays se disent : pour nous défendre, il faut nous unir par delà les frontières...
Il est devenu à Paris garçon de librairie, puis s'essaie au journalisme militant. L'un de rôles de Benoît Malon a été, dans cette période, de diriger, d'implanter en province et, après 1867, de maintenir dans la clandestinité l'Association Internationale des Travailleurs...
Peu de temps après, Benoît Malon fait l'expérience de la prison politique : il a été condamné pour reconstitution de société secrète (l'Internationale avait été dissoute). Emprisonné à Sainte-Pélagie, il reçoit les visites de Léodile Champseix qui, au même moment, participe activement au mouvement des réunions publiques, qui a préparé la Commune, et organise le mouvement de revendication des femmes.
Dans sa prison, Benoît Malon signe, en 1870, l'appel de l'Internationale qui appelle les ouvriers français et allemands à se dresser contre la guerre. Mais l'appel eut peu d'écho, il y avait une vague de nationalisme qui submergeait l'opinion française.
Après Sedan et la reddition de Napoléon III, la proclamation de la République, le 4 septembre 1870, a libéré Benoît Malon.

Eugène Varlin, ami de Benoît Malon.
Fils de petits paysans, ouvrier relieur,
militant mutualiste et coopératif,
participa activement à la Commune.
Lors de la Semaine sanglante
(21-28 mai 1871),
reconnu, dénoncé, pourchassé,
il fut exécuté, rue des Rosiers, le 28 mai.
La place qu'il tient dans le mouvement ouvrier s'explique aussi par le rôle qu'il a alors joué pendant l'Année Terrible, celle du siège de Paris et de la Commune. Adjoint au maire du XVIIe arrondissement (les Batignolles, au N.O. de Paris) pendant le siège de Paris, il réussit à fournir des secours aux victimes de la misère. Député de la Seine à l'Assemblée Nationale en février 1871, il vote contre la cession de l'Alsace-Lorraine à l'Allemagne : l'Internationalisme n'est pas antinomique du patriotisme et, autour de Gambetta, ce sont les Républicains qui avaient été animés par un vibrant patriotisme. En mars 1871, comme la plupart des membres de l'Internationale, il ne souhaite pas l'affrontement avec le gouvernement de Thiers installé à Versailles ; il est de ceux qui tentent d'éviter la guerre civile car il pense que l'affrontement risque d'aboutir à l'écrasement du mouvement ouvrier qui est en train de naître et de s'organiser. Mais lorsque la rupture est consommée, il est du côté des insurgés, élu membre du conseil général de la Commune : par attachement à la démocratie, il est de la minorité, au sein de ce Conseil, qui s'oppose à la constitution d'un comité de Salut Public exerçant - pour sauver la situation - un pouvoir dictatorial. C'est lui qui, avec Gérardin, a proposé la candidature de Rossel, un capitaine de l'armée de Bazaine, rallié à la Commune comme chef militaire des Fédérés. Et, pendant la "semaine sanglante" (21-28 mai 1871), il dirige la résistance dans le quartier des Batignolles : un article de l'historien anglais Robert Tombs a étudié dans notre Bulletin des Amis de Benoît Malon le rôle que celui-ci a joué pendant cette "semaine sanglante". La Commune est écrasée.
La répression par les soldats de Versailles fait 15 000 à 20 000 morts ; le pavé parisien est rougi du sang des Communards. Benoît Malon est, quelques mois plus tard, condamné par contumace, par le 3e conseil de guerre de Versailles, à la déportation perpétuelle : il semble qu'une intervention faite en faveur de l'un des otages - un proviseur de lycée qui vint témoigner en sa faveur - lui ait évité une condamnation à mort.Benoît Malon échappe à la répression puisque, après l'écrasement de la Commune, il est parvenu très vite à quitter la France : ce sont alors dix ans d'exil en Suisse, à Lugano, et en Italie, à Turin, Milan et Palerme, mais aussi de contacts avec les dirigeants socialistes italiens...
Lorsqu'il rentre en France, après l'amnistie de 1879-1880, Benoît Malon a beaucoup appris, réfléchi et publié. Il est devenu l'un des chefs historiques du mouvement socialiste, connu en France et à l'étranger...
Il fonde, en 1885, la Revue Socialiste, carrefour d'idées et de tendances, un véritable laboratoire de réflexion et de recherche : dans cette revue publient des socialistes issus de toutes les tendances, souvent très opposées, du socialisme français.
Benoît Malon publie aussi très souvent des extraits de ses futurs ouvrages. Mais elle

(ci-contre, signature
de Benoît Malon)


est aussi un lieu de réflexion et une
tribune internationale. Des études importantes sont publiées par Benoît Malon sur le socialisme en Hongrie, au Danemark, en Espagne ou en Roumanie. Il donne la parole aux socialistes étrangers...
Le Forézien Benoît Malon n'avait pas oublié son pays natal : il revenait voir sa mère et son frère Jean, son ancien maître, que ses différents postes d'instituteur avaient conduit à Bonson puis à Sail-sous-Couzan où il est décédé...
Cet attachement à son pays natal, se manifeste aussi chez Benoît Malon par la rédaction de ses "Mémoires d'enfance" (Fragment de Mémoires) qui furent publiées en 1907, quatorze ans après sa mort, dans la Revue Socialiste : extraordinaire document, plein de justesse et de sensibilité, sur l'enfance d'un fils de paysan pauvre.
Document exceptionnel, car les fils de journaliers, nés dans la première moitié du XIXe siècle, pauvres et souvent illettrés, ont peu raconté leur enfance...
Les dernières années de la vie de Benoît Malon furent assombries par la maladie. Il était atteint d'un cancer de la gorge ; il continua cependant à travailler jusqu'à sa mort (en 1893), avec acharnement, pour achever son oeuvre et mettre au point son ouvrage sur le Socialisme intégral qu'il a peur de ne pouvoir achever...
En 1913, un monument est édifié par souscription face au mur des Fédérés contre lequel avaient été fusillés les derniers combattants de la Commune et, dans un grand discours, Jaurès qui dit alors quelle était sa dette vis-à-vis de Benoît Malon.

Notes : les portraits de Benoît Malon sont extraits de "La Commune : 1870-1871" (Georges Bourgin) Ed. Flammarion 1947 (page d'accueil) et de Hélio Dujardin, "Du Forez à La Revue Socialiste, Benoît Malon", Université de St-Etienne, 2000, Centre d'Etudes Forézienne, colloque de 1999 (ci-dessus). Celui d'Eugène Varlin est tiré de "La Commune : 1870-1871".
Les photos de travaux à la campagne sont de Félix Thiollier ("Le Forez pittoresque et monumental", ouvrage en deux volumes, publié en 1889 sous les auspices de la Diana).

page suivante
début de page
début du texte