Passé... Présent... Avenir...
Les dossiers qu'AIX-ECHOS a publiés au cours de l'année 2000 (rétrospective du 20e siècle) ont provoqué un abondant courrier des lecteurs : témoignages, documents, citations... Aix-Echos termine la publication de ce courrier avec ce qui concerne la première guerre mondiale et les "leçons" à en tirer...

Contre la Guerre
Allez ! petits soldats de France,
Le jour des poir's est arrivé.
Pour servir la Haute finance,
Allez-vous en là-bas crever ! ! (bis)
Tandis qu'au cœur de la fournaise
Vous tomberez, une balle au front,
De nos combin's nous causerons
En fredonnant La Marseillaise !

("La Marseillaise des requins"
chantée par Gaston Couté, vers 1911)

A la veille de l'Armistice,
décès d'un prisonnier français
,
originaire de Dancé
Puchheim, le 4 novembre 1918
Le Commandant du Camp de prisonniers de guerre de Puchheim a déclaré le 30 octobre 1918 que le prisonnier de guerre français GETENET Louis, N° B 5565, soldat au 99e R.I., 1er Bataillon, 2e Compagnie, commerçant, âgé de 30 ans, de religion catholique, domicilié à (lieu ?), né à Dancé, dépt de la Loire, France, (date ?), fils de ( ?), est décédé à Puchheim, au camp de prisonniers, le 30 octobre de l'année mil neuf cent dix-huit, à deux heures et demie de l'après-midi.
17 mots barrés
L'officier d'état civil - Nom : Furtner
Transcrit et transmis par Gustav Braun (Haut-Rhin),
traduit par Marie-Claude Alasseur
"Faites haïr la haine !..."
"... Formez-nous des hommes raisonnables capables de fouler aux pieds les vaines splendeurs des gloires barbares et de résister aux ambitions sanguinaires des nationalismes et des impérialismes qui ont broyé leurs pères..."
, (Anatole France, 1919, aux enseignants)
Un peu d'histoire de Puchheim : Le camp des prisonniers
A cet endroit, et dans un temps passé, où 25 000 spectateurs admiratifs applaudissaient les courageux aviateurs de l'aéroport de Puchheim, se trouvaient quelques années plus tard autant de prisonniers installés dans les bâtiments qui hébergeaient avant les glorieux avions. Cela nous semble être d'une ironie amère, au début de la première guerre mondiale, l'aéroport de Puchheim a été transformé en un des plus grands camps de prisonniers de la Bavière.
Le 18. Octobre 1914 les premiers 700 belges étaient emmenés dans le camp. Ils reprenaient le bâtiment des établissements " Otto " et en installaient d'autres. Le 25 janvier 1915 suivirent 800 prisonniers russes et en juillet 1915 1 500 français et 9 165 russes étaient déjà enregistrés et surveillés par une troupe de surveillance qui comptait entre 700. et 1 400 hommes. Petit à petit, français, italiens et anglais arrivaient dans le camp, qui comptait en tout environ 30 000 prisonniers. Pendant la guerre, ils étaient divisés en équipes de travail. Ils travaillaient dans l'agriculture, créaient des fossés dans les marais et pratiquaient la régularisation du ruisseau Gröben. Le pont sur le Gröben a été construit durant ces travaux par des prisonniers français, il s'appelle toujours " le pont des russes " et est devenu un monument protégé. Le 8. Novembre 1918, le futur maire et résident d'honneur Heinrich Müller entrait comme gardien dans le camp. Après la fin de la guerre il était nommé responsable du renvoi des prisonniers dans leur pays d'origine, un travail qui duraient plusieurs années et ainsi la guerre se prolongeait pour lui jusqu'en 1921.

Officiellement le camp a été fermé le 2. Octobre 1919.
Une grande épidémie emportait des nombreux prisonniers entre novembre 1918 et février 1919. Ils trouvaient le dernier repos sur un terrain communal, situé " rue du camp " (Lagerstrasse) et s'appelle toujours le cimetière russe. Les dépouilles mortuaires anglaises, françaises et italiennes ont été transférées dans leurs pays d'origines tandis que les russes restaient à Puchheim où ils trouvaient une dernière demeure respectable. Sur ce cimetière, un monument à la mémoire de ces morts a été élevé fin août 19 ... ?. Il a été inauguré en présence des représentants de l'autorité militaire allemande, des missions militaires française, italienne et russe, de la reine de Naples et du délégué suisse Dr. Schneeli (réputé pour ses services rendus aux camps de prisonniers bavarois). En 1966, à l'occasion de la rénovation du cimetière Puchheim-village, les Russes enterrés à cet endroit ont été transférés dans le cimetière de la " Lagerstrasse ". Le 22. octobre 1966, l'union populaire allemande pour le soin des tombes de la guerre a légué officiellement la protection du site à la commune de Puchheim.
Décorations (poème anonyme)

On s'étonne souvent pour s'en plaindre.
Pourquoi a t'on remis
si peu de décorations
sur le front ?
Chers amis, disons-le franchement :
seuls peuvent poser ce genre de questions
ceux qui ne savent pas
ce qu'est la guerre.
Pourquoi remettre des décorations
A ceux qui se battent et tuent sur le front ?
Unis par la camaraderie
Ils ne voient que l'ennemi.
Eux qui peuvent tomber chaque jour et chaque heure
Que feraient-ils de médailles ?
Face à l'ennemi, il n'est que de présenter
Une poitrine vaillante et nue.
Les rubans multicolores, l'étalage de médailles
sont des cibles pour l'ennemi...
Il en va tout autrement à l'arrière et dans les états-majors
qui vivent les plus horribles batailles à l'abri.
Là on se montre au peuple ébahi
Comme une étoile admirable dans la sombre nuée.
Là on peut se pavaner en toute sécurité,
Il n'est nul besoin de se terrer.

Là on peut se donner à voir
Sur les places et dans les rues populeuses
On a juste besoin
d'une poitrine héroïque, richement bariolée !
Pour porter des décorations, notez-le bien,
Il faut une poitrine large et un ventre rebondi
qu'on n'acquiert que grâce
au repos et à la bonne chère.
Ainsi qu'à tous les plaisirs possibles
Et mille petites délicatesses
On voit bien que tous ces soucis
Méritent des décorations.
Si je croise plus tard un homme
Avec une boutonnière vierge,
Je pourrai être sûr
Qu'il a passé la guerre face à l'ennemi.
Si j'en rencontre un
Dont la poitrine est à moitié recouverte,
Je pourrai me dire qu'il a réussi
A rester loin du front.
Quant à celui qui aura
Toute la poitrine et le ventre tapissés de médailles,
Cela voudra dire simplement
Qu'il a été très loin de la guerre.

Lors de la 2e Conférence internationale de Zimmerwald qui réunit, à Kienthal (Suisse), du 24 au 30 Mai 1916, des Français, des Allemands, des Italiens, des Serbes, des Suisses... adoptèrent le manifeste : "Aux Peuples qu'on ruine et qu'on tue !",
"ni vainqueurs ni vaincus, ou plutôt tous vaincus, tous saignés, tous épuisés : tel sera le bilan de cette folie guerrière."

Morale
Sur le front tombent des pluies de mitraille
A l'arrière tombent des pluies de médailles.

Mieux comprendre le monde…
" Pour mieux comprendre le monde et en percevoir clairement les enjeux, en préférant l'information à la rumeur, la tolérance à l'incantation, la sérénité à la fureur… "... tel est l'objet de cette collection "Quartier libre" des Éditions Labor, de Bruxelles (http ://www.labor.be) qui cite Condorcet : " Il n'y a pas de liberté pour l'ignorant. " C'est dans cette collection que vient de paraître, en novembre 2001, un petit livre de 90 pages, d'Anne Morelli : "Principes élémentaires de propagande de guerre".
Anne Morelli est historienne et professeur à l'Université libre de Bruxelles, où elle enseigne la critique historique appliquée aux médias modernes. Elle s'est inspirée d'un très troublant ouvrage d'Arthur Ponsonby : "Falsehood in wartime" ("Mensonges en temps de guerre"), publié à Londres en 1928. Arthur Ponsonby, hostile à l'entrée en guerre de la Grande-Bretagne en 1914, a décrit quelques mécanismes essentiels de la propagande de guerre, mensonges lancés en Grande-Bretagne, en Allemagne, en France, aux États-Unis, en Italie. Anne Morelli, qui les regroupe en dix "commandements", s'attache à démontrer que ces "mensonges" ont été utilisés régulièrement par les parties en présence, lors des conflits, même les plus récents : 2e guerre mondiale, Vietnam, Algérie, Irak, Kosovo… Il nous manque l'Afghanistan et les conflits que nous prépare G.W. Bush, et pour cause… le livre avait été écrit avant ; mais ce "livre de chevet" peut nous aider utilement à éviter, une fois de plus, d'être grugés et d'adhérer massivement à des causes peut-être moins honorables qu'il n'y paraissait, qu'il n'y paraîtrait ; cette analyse nous pousse à nous méfier de l'unanimisme et à pratiquer, plus que jamais, le doute systématique.
L'auteur ne cherche pas à savoir qui ment et qui dit la vérité, qui est de bonne foi et qui ne l'est pas, mais seulement de décrire les mécanismes de la propagande et de contribuer à notre réflexion.
Haut de page