"Porto Alegre... Budget participatif..."

Lancé en 1989 à Porto Alegre par la nouvelle municipalité animée par le Parti des Travailleurs, le Budget Participatif a permis la démocratisation des décisions portant sur les deniers publics. Cette expérience nouvelle s'est prolongée par la création de nouveaux canaux de participation populaire : Conseil municipal du troisième âge, Conseil municipal des droits des femmes, Conseil délibératif des eaux et des égouts, Conseil délibératif de la voirie, Conseil municipal du patrimoine historique et culturel, Conseil municipal des contribuables, Conseil municipal des sports, Conseil municipal de l'environnement, Forum du tourisme, Forum municipal des loisirs…
Pour ce qui est du Budget Participatif (B.P.), c'est donc la population qui décide où et comment investir les recettes de la commune. Au fil des ans, à l'initiative des habitants eux-mêmes, l'organisation et le fonctionnement se sont perfectionnés entraînant une participation élargie : assemblées de quartiers, assemblées thématiques (santé, éducation, culture, environnement, transports, sports et loisirs, développement économique, fiscalité…). Au cours de grandes assemblées plénières annuelles, la mairie rend compte de ses actions à la population, les participants élisent leurs conseillers et délégués du B.P. et tracent les priorités locales et thématiques pour l'année suivante.
Une rencontre avec un de ces délégués, Sergio AMARAL, au cours de la soirée du 28 janvier, nous a permis de mieux comprendre le fonctionnement de cette vie démocratique brésilienne… Estelle Granet, journaliste, nous servait d'interprète… L'un et l'autre ont coordonné la réalisation, à l'initiative de l'association "Solidariedade", de l'ouvrage collectif : "Porto Alegre, les voix de la démocratie"

Sergio Amaral

Comment ça marche ?
Sergio AMARAL est président de l'association de la Communauté (favela) "Vila Canada". Il nous présente les gros problèmes de ce quartier à la fin des années 80 : pas d'assainissement, pas d'électricité…
La mise en place d'une avancée démocratique a commencé à travers le budget participatif. Lors de petites assemblées par communauté de base pour évoquer leurs problèmes et voir comment les résoudre, la présence de 10 personnes donnait droit à l'élection d'un délégué… Se retrouvant à 25, ils ont eu 2 délégués, dont Sergio. Sur chaque "arrondissement" (le secteur "Cristal" regroupe 15 favelas, soit 35 000 habitants), tous les délégués se réunissent en forum coordonné par les Conseillers du Budget Participatif, conseillers élus par la population de chaque "arrondissement".
La préparation du budget pour une année commence en mars de l'année précédente et se termine en janvier.
C'est tout d'abord, dans chaque quartier, des discussions avec la population pour déterminer les travaux à faire, les investissements à prévoir… Il y a possibilité de révoquer les délégués. Les services, comme la santé, l'éducation, les salaires… se discutent dans l'assemblée de toute la ville, puis il y a un retour dans chaque secteur pour l'avis de la population. Au total, au cours de l'année, à travers les différentes réunions et forums, c'est pour la ville entre 85 et 90 000 personnes qui participent.
Les propositions de chaque "arrondissement" sont transmises à l'Assemblée Municipale : il est difficile de les modifier du fait de la légitimité populaire.
Après vote, le budget est transmis à l'exécutif (la municipalité) qui établit le plan d'investissement communiqué à la population (les citoyens qui le souhaitent).
Chaque fin d'année, sur proposition municipale, se discutent les règles de mise en place du Budget Participatif ; il y a vote sur les modifications apportées.

Comment cela a vu le jour ?
A Porto Alegre, vers 1970, des favelas s'étaient "installées" à l'intérieur de la ville, dans des poches de terrains inoccupés. Le pouvoir de l'époque a essayé de chasser ces gens hors de la ville. Déportés, regroupés en dehors, les familles ont réagi, un mouvement populaire est né, des associations se créent. Vers 1980, on dénombre 400 conflits entre favelas et police. En 1983, les associations se fédèrent pour résister, puis pour exercer une pression et réclamer des solutions.
En 1985, première élection après la dictature militaire, une municipalité de centre gauche est élue. Lors des élections suivantes, en 1988, un petit parti (le P.T., Parti des Travailleurs) a un discours nouveau ("le courage de changer") : syndicalistes, étudiants reprennent les revendications populaires… Le P.T. gagne les élections à Porto Alegre sur la base de revendications concrètes et de propositions de participation populaire. Mais les caisses sont vides, les salaires des fonctionnaires ont trois mois de retard, les éboueurs sont en grève, les bus sont en très mauvais état. Les nouveaux élus municipalisent les transports locaux, la municipalité a vu la nécessité de la transparence. Au cours de réunions, on parle de "budget participatif"… l'idée est lancée. La simple volonté politique n'aurait pas suffi sans la pression du mouvement populaire.
Après 14 ans, il y a des signes d'essoufflement Il est important de se souvenir de la démarche, il est nécessaire de s'appuyer sur le mouvement populaire pour donner un nouveau souffle, approfondir ce lien entre élus et citoyens, aller plus loin.
Porto Alegre, l'espoir d'une autre démocratie
Enquête-étude de Marion Gret et Yves Sintomer - Editions La Découverte, 2002, 7,50 €
Porto Alegre et son Forum social sont devenus, depuis 2000, le lieu de rencontre de ceux qui luttent pour une autre mondialisation. Mais cette municipalité brésilienne est aussi le lieu d'une expérience démocratique unique en son genre : alors qu'un peu partout un fossé se creuse entre le monde politique et les citoyens, le budget participatif de Porto Alegre apparaît comme un espoir pour tous ceux qui sont insatisfaits des limites actuelles de la démocratie représentative et luttent pour la justice sociale. Dans ce livre, Marion Gret et Yves Sintomer analysent cette expérience pour en dégager les leçons. Replaçant le budget participatif dans le contexte social et politique brésilien, ils expliquent les grandes lignes de sa genèse et de son fonctionnement. Ils montrent aussi comment cette démocratie participative répond aux défis que rencontre toute citoyenneté active : l'intervention des habitants dans la gestion publique peut-elle vraiment renforcer son efficacité, et éviter le risque du populisme ? Une véritable participation est-elle possible, sans que des petits groupes monopolisent l'essentiel du pouvoir ? Peut-on institutionnaliser l'activité des mouvements issus de la société civile sans les "bureaucratiser" et les couper de leurs racines ?
Au-delà de ces interrogations, cette expérience trace les contours d'une nouvelle division des pouvoirs où les citoyens ne seraient plus seulement représentés par des élus et où ils pourraient avoir leur mot à dire sur les questions de la cité. L'expérience de Porto Alegre apparaît comme un véritable laboratoire qui permet d'imaginer une autre démocratie et de travailler aux conditions pratiques de sa réussite.
Porto Alegre, les voix de la démocratie (témoignages) - Illustration ci-dessus
Coordination : Sergio Amaral ; Texte : Estelle Granet ; photos : Jacques Windenberger
Editions Syllepse, 2003, 17 € (plus 70 photos)
Le sujet de ce livre est un "nous" collectif. Le "nous" des habitants de Porto Alegre (Brésil) qui témoignent de leur expérience, au quotidien, du budget participatif.
Pour ceux qui, élus par leur communauté (favela), deviennent le temps d'un mandat "conseillers populaires", il s'agit d'abord d'obtenir l'assainissement de leur quartier, la légalisation des titres de propriétés des terrains qu'ils occupent ou la construction d'immeubles salubres. Mais pour chacun d'entre eux, cet investissement dans la politique au quotidien constitue aussi une source de formation et d'émancipation.
À Porto Alegre, la réussite du "budget participatif" a reposé sur le dynamisme du mouvement populaire. Après quatorze ans de pratique, le processus est traversé à la fois par les contraintes de l'action institutionnelle et les exigences de la démocratie directe. Qu'en sera-t-il demain, alors que le Brésil a élu un président issu du mouvement ouvrier?
L'O.N.G. Solidariedade qui regroupe des conseillers et des délégués du budget participatif de Porto Alegre est à l'initiative de ce livre. Les textes et les témoignages sont le fruit de débats collectifs et ont été mis en forme par la journaliste Estelle Granet qui a séjourné à Porto Alegre à l'invitation de Solidariedade. Un reportage photographique de Jacques Windenberger donne des visages aux paroles des acteurs de ce livre.
Porto Alegre, les voix de la démocratie vient de paraître simultanément en France et au Brésil.
Vie en favela - Paysans sans terre
Haut de page
A signaler deux livres en français sur l'expérience de PORTO-ALEGRE :
Ø "Porto Alegre, l'espoir d'une autre démocratie" Marion Gret et Yves Sintomer, 2002
Ø "Porto Alegre, les voix de la Démocratie" Ouvrage collectif, Ed. Syllepse, 2003
Germanois à Porto Alegre