Centre Luiz Itamar

A l'invitation d'Anne-Marie (originaire de Normandie) qui anime depuis 15 ans un Centre pour enfants en grande difficulté, certains d'entre nous sont allés, la veille de notre retour ; à Cachoeirinha, banlieue nord de Porto Alegre.
Nous avons été accueillis très chaleureusement par Anne-Marie, Marcelo et les autres animateurs, par les enfants du Centre, et par les habitants du quartier que nous avons rencontrés en parcourant les rues accompagnés d'enfants, d'Anne-Marie et Marcelo,
Le Centre, qui actuellement se compose de deux bâtiments situés à quelques centaines de mètres l'un de l'autre, est fréquenté par 150 enfants et jeunes.
Dans ce pays riche où la pauvreté et ses conséquences, nombreuses, font des ravages, il faut un certain courage et une grande volonté pour résister au cercle de la rue. Au beau milieu du quartier, le centre Luiz Itamar est un espace où chacun est accueilli comme il est, avec son histoire lourde d'injustice et de souffrance, avec ses richesses cachées dans un cœur grand pour aimer.
Marcelo est l'un de ces jeunes qui, il y a quelques années, fréquentait le centre… Adulte maintenant, il est l'un des animateurs… Qui, mieux que lui, peut savoir comment s'y prendre et comprendre ces enfants et ces jeunes de son quartier ?
Les enfants défavorisés de ce quartier pauvre (une favela) bénéficient, dans le centre, d'animations d'éveil, de soutien scolaire, de jeux et d'activités manuelles… Un atelier de menuiserie, une boulangerie, une salle informatique, bientôt un atelier serrurerie, permettent aux jeunes la découverte d'un métier ou les initient à une activité qui leur sera utile… Ainsi en 2000, 12 ont été diplômés en boulangerie ; en 2001, l'informatique a vu passer 100 élèves.

Mouvement des Sans terre

Les enfants nous ont accueillis avec des petits gâteaux qu'ils avaient confectionnés, ils nous ont montré leur savoir-faire en athlétisme ou cirque… car la formation artistique n'est pas oubliée avec l'atelier cirque, la chorale, le théâtre, la peinture… A l'entrée du centre, une affiche réalisée pour nous disait en portugais : "Bienvenue dans le Centre", et une autre : "Ici, il y a place pour tous".

Anne-Marie a évoqué quelques souvenirs…
Un ancien du Centre revient un jour… Victime d'une bande qui s'introduisait dans le quartier pour écouler de la drogue, il était menacé… Il suppliait de lui donner 500 réals pour régler sa dette… Que faire ? Après quelques hésitations, il reçoit la somme demandée… Quelques jours après, il vient remercier : "J'ai réglé ma dette, je suis libre maintenant, j'arrête tout… Merci !"
Autre fait : Anne-Marie et le quartier apprennent un jour ce qui venait d'arriver à un ancien du Centre… Parti en ville, il avait été renversé par une voiture… Transporté dans un établissement hospitalier, il venait de mourir… Une collecte est organisée dans le quartier pour acheter un cercueil, et l'on part chercher le corps de ce jeune… Celui-ci est mis dans le cercueil, mais c'est alors qu'on voit un pied qui remue… Il n'est donc pas mort… il est ranimé, opéré… il avait de multiples fractures… A l'issue de son séjour en soins hospitaliers, il rejoint le quartier où ses copains de la favela l'aideront à recommencer à marcher…

Quelque temps après, on apprend par une infirmière de l'établissement que le médecin qui l'avait pris en charge avait dit : "Débranchez-le, ça fera un diable de moins dans la rue !"…Depuis, ce médecin a quitté l'établissement et l'Etat de Rio Grande do Sul.
En Normandie, une Association, ("Villa Fatima", 55 impasse des Pinsons à Saint-Lô ; villa.fatima@wanadoo.fr) participe en partie au financement du Centre Luiz Itamar, assurant à la fois son fonctionnement et son développement.

"Ils veulent aimer et être aimés." (Marcelo) "Ce sont les pauvres eux-mêmes qui croyant dans la force des pauvres s'organisent pour refuser la misère et construire une vie digne." (Anne-Marie)
Paysans du Brésil : Mouvement des sans terre (MST)

Rafael Alegria, du Honduras, anime le mouvement mondial des paysans, "Via Campesina".
A la fin du Forum Social Mondial, un groupe d'entre nous est allé à la rencontre des paysans brésiliens et du Mouvement des travailleurs ruraux Sans Terre (M.S.T.), en visitant la Coopérative située dans l'"assentamento" Lagoa do Junco, à Tapes (au sud de Porto Alegre).
Une situation d'injustice et de misère
Les transformations économiques et technologiques par lesquelles l'agriculture brésilienne est passée ont eu pour conséquence, d'un côté, la concentration de la richesse au profit d'une minorité de brésiliens (immenses propriétés foncières en partie improductives, les "latifundia") et, d'un autre côté, l'augmentation de la misère de dizaines de millions de leurs concitoyens.
Une lutte pour la réforme agraire
Dans ce contexte, le M.S.T. surgit pour soutenir et organiser la lutte des paysans du Brésil pour la terre et la réforme agraire, lutte qui prit naissance à Canudos (Etat de Rio Grande do Sul en 1979) et au Contestado (Santa Catarina en 1980). Créé en 1984 à partir d'une série de rencontres articulées principalement par la Commission Pastorale de la Terre, le MST naît dans le Sud du Brésil et s'étend progressivement à tout le pays en développant l'action directe des paysans sans terre par l'occupation des latifundia improductifs. Après l'occupation des terres visées, menée par plusieurs centaines ou milliers de familles paysannes, suit une période de campement (acampamento), pendant laquelle les familles résistent aux tentatives d'expulsion et luttent pour la régularisation de leur terre ; celle-ci obtenue, quelques dizaines de familles tirées au sort transforment le campement en une installation (assentamento), tandis que les autres poursuivent leur pérégrination. Henri BURIN des Rosiers et Xavier PLASSAT, que nous avons rencontrés et
dont nous avons parlé dans "Retour de Porto Alagre", sont très impliqués aux côtés des Paysans sans terre, pour les aider à obtenir les titres de propriété auxquels ils ont droit et qui leur permettent de transformer leur "campement" en installation définitive (assentamento).
A présent, le MST est organisé dans 23 États du Brésil, formant un grand réseau national de lutte et de résistance, qui a déjà permis l'installation d'environ 250.000 familles dans 1.600 lopins de terres.
Doté d'approximativement 400 associations de production, commercialisation et services, d'environ 50 coopératives de production et de plus de 30 organisations chargées de services divers, le Mouvement rassemble plus ou moins 2 300 familles et plus de 11 000 associés dans ces entreprises. On parle de presque 100 petites et moyennes agro-industries.
Cependant, les conquêtes de la lutte pour la terre ne se limitent pas à la production. Au contraire, la plus grande conquête est liée à la qualité de la vie des familles, qui ont abandonné l'exclusion sociale pour garantir leurs droits élémentaires
Ø à l'éducation : environ 100 000 enfants étudient dans 1 100 écoles publiques situées à l'intérieur des terres occupées (assentamentos) ;
Ø à la santé : la conquête de l'assistance maladie dans les régions des "assentamentos" et l'implantation de projets tels que les maisons médicinales pour la production de médicaments phytothérapiques
Ø et au loisir, grâce à des initiatives communautaires comme les centres collectifs de loisirs.


Henri Burin des Rosiers, avocat (et dominicain), appuie le combat des "Sans terre" pour les aider à obtenir leur droit à la terre... un combat dangereux sous les menaces des "hommes de mains" des gros propriétaires fonciers.

Perspectives
" Dans ce monde néo-libéral où tout est fait pour favoriser la compétition, il est difficile d'échanger le moi pour le nous ", résume d'une formule Luiz Zanetti, l'un des responsables d'une autre coopérative, la Coopan de l'assentamento Capela, à 40 km de Porto Alegre. Tous ont mis leurs espoirs dans un changement politique national, une victoire du P.T. (Parti des Travailleurs) aux élections présidentielles de fin 2002 ; la victoire de LULA doit permettre effectivement une nouvelle politique agricole plus favorable aux petits producteurs.

(1) Le MST du Brésil, comme la Confédération Paysanne en France, fait partie de "Via Campesina" qui rassemble 50 millions d'adhérents, paysans d'Afrique, d'Amérique, d'Asie et d'Europe, répartis dans 68 pays.
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