Entre guerres et paix, les chemins de l'humanité...

Irak, Palestine, Côte d'Ivoire, Tchétchénie… Irak encore … aujourd'hui.
France, Allemagne, Japon… le monde en guerre, il y a cinquante ans seulement.
Guerre Puniques, guerre des Gaules, guerre de cent ans, guerre du Vietnam, guerre du golfe… la liste de ces conflits impitoyables à travers le monde et les siècles semble n'avoir ni début ni fin …encore.

Londres, 15 février, 22 mars 2003
Il y a quelques semaines, lors des manifestations contre la guerre en Irak s'affiche à Londres le slogan " make tea, not war ". De prime abord, l'opposition à la fois démesurée et dérisoire des termes interroge. Parce qu'au mot guerre s'associe d'emblée celui de paix , l'image du rituel anglais serait-elle trop futile, trop simple, réductrice voire provocatrice au regard de ce qu'elle suggère? Pourtant cette petite formule lapidaire est riche de signification. Si l'on fait le thé, l'on fait aussi la paix, et le verbe faire y trouve une résonance particulière.
La paix est souvent définie comme un état naturel et primitif de l'humanité, dans la légende biblique du paradis terrestre ou l'âge d'or du mythe grec ou bien encore par cette idée philosophique, chère à Rousseau, selon laquelle rien ne prédispose l'homme à la guerre. Or ce qui habite l'homme à travers ce manifestant anglais et des millions de personnes par le monde, c'est un peu plus que cette idée de paix comme un ordre donné, préexistant. Dans Faire s'inscrit l'idée de construction, construction de la paix à travers d'abord cette vigilance citoyenne.

La paix se construit
En 1795, Kant parlait de " paix perpétuelle " à la charge des hommes à travers une volonté morale, la construction d'une communauté internationale et le droit. Oscar Arias Sanchez, prix Nobel de la paix, la décrit " comme un mode de vie, une façon de résoudre les problèmes et de régler les conflits. " La société a inventé la diplomatie, le droit, les organisations internationales, les traités, la cours de justice, le devoir d'ingérence…, sortes de garde-fous pour la paix contre des folies humaines dévastatrices. Mais les garde-fous sont si fragiles quand l'homme veut aussi la guerre pour avoir, croit-il, la paix…

" Le Christ a fourni l'esprit, Gandhi a montré comment l'utiliser "
C'est ainsi que Martin Luther King parle de cette autre voie surgit d'un peu partout et de tout temps : l'esprit de non violence. Confucius, Hallâj, Thérèse d'Avila, Râmakrishna, l'Abbé Pierre, René Cassin ou Desmond Tutu sont quelques uns de ses disciples. Ils laissent, chacun à leur manière, la trace de leur engagement pour la paix. " La véritable paix, dit Junger, suppose un courage qui dépasse celui de la guerre : elle est activité créatrice, énergie spirituelle. " (extrait de La paix) Sans-doute est-ce un message similaire qu'ils ont voulu adresser à l'humanité, tout comme Jean-Marie Muller qui en décline la philosophie et la stratégie à travers les pages de son dernier livre " Vers une culture de la non violence " (édition Dangles).
Paroles de paix …
Spinoza : " La paix n'est pas l'absence de la guerre, mais une vertu née de la force de l'âme "
Cesbron : " La guerre, c'est quand on attend la mort du dehors ; la paix, c'est quand on l'attend du dedans. "
Erasme : " Il n'y a pas de paix, même injuste, qui soit préférable à la plus juste des guerres. "
Giono : " L'aventure ! Mais l'aventure de la paix est plus grande que l'aventure de la guerre. Il faut plus de virilité pour faire un enfant que pour tuer un homme. "
France : " La paix universelle se réalisera un jour non parce que les hommes deviendront meilleurs mais parce qu'un nouvel ordre, une science nouvelle, de nouvelles nécessités économiques leur imposeront l'état pacifique. "
Autres paroles de non-violence à travers siècles et continents
Mo Tseu : " Tuer un homme pour le bien du monde n'est pas faire le bien du monde. Mais s'offrir soi-même en sacrifice pour le monde, voilà qui est bien. "
Christ : " Aimez vos ennemis, faîtes le bien et prêtez sans rien attendre en retour. " (Luc VI)
Thoreau : " La seule obligation que j'aie le droit d'accepter, c'est de faire à chaque instant ce que je crois juste. Agir justement est plus honorable qu'obéir à la loi. " (Du devoir de désobéissance civile 1849)
Gandhi : " La non violence est vieille comme les montagnes. " (Expériences de vérité)
Gide : " Le monde sera sauvé, s'il peut l'être, que par des insoumis. " (Journal, tome 2)
Martin Luther King : " Nous vivrons tous comme des frères ou nous mourrons tous comme des fous. L'homme fort est celui qui est capable de se dresser pour la défense de ses droits, sans rendre les coups. "
Dom Helder Camara : " On commence à fabriquer des armes pour se défendre, puis on vend des armes pour pouvoir continuer à en fabriquer, on en arrive à fabriquer des guerres pour continuer à vendre des armes. " (A force d'amour)
Rostand : " Qui ne s'élève contre toutes les guerres, ne s'élèvera jamais contre aucune. "

Livres de paix…à lire ou à relire

Paroles de paix (Albin Michel 2003)
Ce petit recueil de paroles choisies et présentées par Bernard Clavel est illustré par Michele Ferri . Ce peintre d'origine italienne, transpose en images simples, faussement naïves et colorées les mots d'une trentaine d'hommes et de femmes qui à travers le temps ont pensé la paix. Bernard Clavel invite le lecteur à s'interroger sur ce qui se passe aujourd'hui, sur la responsabilité des hommes : " Ben Laden doit rigoler dans son trou en entendant les infos. C'est un criminel de la même espèce que tous ceux qui ont laissé, dans l'Histoire, un nom souillé de sang, mais qui donc lui a permis de devenir si puissant ? "

Stratégie de l'action non violente de Jean-Marie Muller (Ed du Seuil, Le point Politique)
Dans cet ouvrage J.M Muller développe les voies et moyens qui permettent de combattre l'injustice et l'oppression. Il s'agit d'un manuel de la révolution non violente qui s'attache à situer l'action non violente, à la justifier et à en décrire les mécanismes à travers de nombreux exemples. Ce livre donne également une riche bibliographie sur le sujet.
Le livre international de la Paix (Ministère de la Culture/UNESCO 1997)
Recueil de messages de paix manuscrits, peints, calligraphiés de personnalités du monde entier. Ce livre écrit en trente sept langues différentes offre une place à l'expression de chaque culture. Il a fallu une douzaine d'années pour recueillir ces quelques trois cents témoignages pour la paix. Le Dalaï Lama y côtoie Claude Levi-Strauss et Yehudi Menuhin, Hubert Reeves… L'émotion des textes et les illustrations magnifiques rendent cet ouvrage incontournable.
Les croix de bois de Roland Dorgeles (1919, Albin Michel réédition 1996)
C'est Dorgeles qui a baptisé " drôle de guerre "cette période où se préparaient les années terribles dont le point d'orgue allait être les deux énormes champignons de fumée montant du Japon… "Les croix de bois" évoque les jours atroces de la " grande guerre. " " - Vous pouvez être fière de lui. Il est mort en faisant son devoir… Alors le corps affalé se redresse à demi et la vieille mère articule : - non… Ne dîtes pas ça… J'aurais donné la France, moi, pour que mon garçon revienne ! "… Une autre façon d'appréhender le goût de la paix.
" Où que nous regardions l'ombre gagne " de Aimé Césaire
L'un après l'autre les foyers s'éteignent
Le cercle d'ombre se resserre
Parmi des cris d'hommes
Et des hurlements de fauves

Où que nous regardions l'ombre gagne

Pourtant nous sommes de ceux
Qui disent non à l'ombre
Nous savons que le salut du monde
Dépend de nous aussi

Où que nous regardions l'ombre gagne

Nous savons que la terre
A besoin de n'importe lesquels
D'entre ses fils
De ses fils les plus humbles

Où que nous regardions l'ombre gagne

Les hommes de bonne volonté
Feront au monde une nouvelle lumière
Ah ! tout espoir n'est pas de trop
Pour regarder le siècle en face

Où que nous regardions l'ombre gagne


Ah ! Tout l'espoir n'est pas de trop
Pour regarder le siècle en face

Aimé Césaire

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